Le compositeur, le réalisateur, le producteur

Les différents points de vue :

Le compositeur, le réalisateur, le producteur

Réalisateur et Compositeur

Les différences de points de vue vont être quelque chose d’absolument essentiel à réussir si vous voulez faire de la musique de film professionnellement. C’est de bien comprendre que le réalisateur parle avec ses intentions de cinéastes. Éventuellement avec les intentions du scénario, parce que souvent, les réalisateurs ont fait le scénario, surtout en France. Mais il n’a pas du tout l’approche analytique de la musique, c’est-à-dire qu’il n’est pas capable de discerner si votre musique aurait super bien marché, si elle avait été jouée aux cordes et que là vous l’avez présentée, jouée avec des instruments électro ou avec du piano. Et du coup ça change sa perception, il ne se rend pas compte qu’il suffit, en un clic, de changer l’instrument pour que tout d’un coup ça corresponde à ce qu’il l’attend. Mais lui, il ne sait pas analyser ça, il ne sait pas se rendre compte que ça vient de là. C’est ça qui fait toute la difficulté.

Une écoute globale qui inclut donc la composition, mais aussi l’arrangement. Parce que par exemple, si vous vous dites : tiens je vais présenter mes thèmes au piano. Et comme ça, on pourra avoir une idée de rechercher le genre de thème qu’il faut avant de se lancer dans tout un travail long d’arrangement etc. Mais les réalisateurs ont perdu de plus en plus la culture d’entendre les thèmes au piano. Ils sont habitués à la MAO et donc ils sont habitués à entendre de plus en plus proche du produit fini. Luc Besson quand il a fait Valérian avec Alexandre Desplat, il a fallu qu’Alexandre Desplat fasse des arrangements en MAO très poussés. Parce que Luc Besson, si ce n’est pas comme le définitif, il n’arrivait pas à se prononcer. Donc, ça inclut le mixage aussi parce que si c’est déséquilibré, ça peut déstabiliser le réalisateur qui ne comprend pas bien, qui trouve que ça ne sonne pas comme il faut, il y a quelque chose de bizarre…

Et les conditions d’écoute

Alors là, vous ne pouvez pas imaginer à quel point, il y a des choses délirantes qui se passent avec les réalisateurs. On leur fait écouter, on leur envoie par exemple par internet. Il écoute sur leur poste de travail, ça ne leur plaît pas du tout. On le fait venir au studio, on en fait écouter la même chose identique dans des conditions de studio où ils entendent un bon son, un bon équilibre et là tout d’un coup, ils sont persuadés que c’est complètement différent et que là, cette fois-ci, c’est fantastique. Alors qu’en fait, vous aviez envoyé exactement la même chose. Donc, ça, c’est toute la difficulté du réalisateur qui n’a pas l’analyse si quelque chose le perturbe. Il ne sait pas d’où ça vient, donc il dit globalement :  « ça ne me va pas ». Alors que si ça se trouve, il suffirait de changer un paramètre. C’est pour ça que parfois, il faut être capable de travailler très vite et de travailler éventuellement en présence du réalisateur. Si on se retrouve devant des situations de blocage.

Le producteur,

C’est celui qui doit vous payer. Donc lui sa préoccupation est différente. C’est-à-dire qu’il se demande si vous allez livrer à temps, est ce que vous avez fait vos preuves déjà, est-ce que vous avez des références qui peuvent le rassurer. Il ne faut pas oublier qu’un producteur, ça rend des comptes à une chaîne de télé qui n’est pas facile. Ou alors à un distributeur qui n’est pas facile non plus. Et donc, par exemple une chaîne de télévision peut imposer qu’il y ait un appel d’offres de compositeurs pour qu’on ne puisse pas prendre juste un compositeur parce qu’on pense que c’est le bon. Des fois, à cause de la chaîne de télé, on est obligé de faire une mise en concurrence.

Pourquoi des compositeurs qui lisent et parlent le solfège couramment utilise-t-il la MAO ?

Il utilise la MAO parce que la MAO permet de simuler une orchestration complète. Donc avant d’aller faire une séance d’orchestre qui va coûter des dizaines de milliers d’euros, on peut tout à fait reproduire l’orchestration complète sur un logiciel de MAO pour peu. Alors là ? Le cours de MAO, c’était samedi dernier, pour peu que l’on ait les banques de son qui vont bien, que l’on ait le savoir-faire pour simuler suffisamment, correctement l’orchestre à partir de son logiciel de MAO. Les réalisateurs ne lisent pas les partitions. Les réalisateurs ont du mal à imaginer votre musique si vous leur jouez simplement au piano.

La technologie est castratrice

Tout à fait, si on ne la maîtrise pas. Si on ne la maîtrise pas, elle est castratrice. Si on la maîtrise, elle devient un outil fantastique et les possibilités sont infiniment supérieures aujourd’hui. Il n’y a qu’à écouter un peu ce qu’Hans Zimmer arrive à produire comme musique par rapport à John Williams, qui reste un maître extraordinaire de la musique acoustique. Mais Hans Zimmer a la dimension MAO en plus et c’est ce qui fait qu’il a un son absolument incroyable sur la plupart de ses films. Sur Inception, c’est extraordinaire ce qu’il a réussi à créer comme univers sonore en mélangeant de l’électro avec de l’acoustique. Le son qu’il a sur Pirates des Caraïbes, c’est assez fantastique. Inception, on n’en retrouve que des sons numériques épiques.

Bon, ça c’est subjectif. Là, Franck, c’est ton point de vue. Il y en a qui considère que le meilleur compositeur de musique de film c’était Prokofiev parce qu’il a fait des musiques de films assez exceptionnelles qu’on joue en concerts etc. Maintenant quand Isaac Perlman, le violoniste qu’on a vu tout à l’heure, joue en concerts, on ne lui demande pas de jouer en rappel du Beethoven ou du Mozart, on ne lui demande ni du Strauss, on lui demande de jouer la Liste Schindler de John Williams. Et partout où il va dans le monde, tous ses concerts, quand il est en rappel, on lui demande la Liste Schindler. Ce n’est quand même pas trop mal.

Conclusion

Mais après je suis tout à fait content que vous ayez votre opinion, vos goûts et que vous fassiez selon votre conviction. Il y en a qui vont continuer à faire des musiques de films avec un papier et un crayon. Et d’autres qui vont utiliser la MAO. Il faut tout pour faire un monde et c’est très bien comme ça. Je dis juste que la technologie sur le principe n’est castratrice que si on ne la maîtrise pas. Je disais, samedi dernier, que vous pouvez tout à fait écrire comme sur partition et ensuite l’ordinateur vous rejoue immédiatement ce que vous venez d’écrire. Franchement, je ne trouve pas ça castrateur du tout. Je trouve ça carrément génial si vous avez un réalisateur en face. Il va apprécier de pouvoir l’écouter avec les sons des instruments que vous avez prévus sur votre partition. Ça va vous faire gagner un temps fou.

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