La direction d’orchestre de musique de film

La direction d’orchestre en musique de film

direction d'orchestre

Il y a deux systèmes pour diriger son orchestre et être synchro. En plus de donner les deux systèmes, nous allons parler des avantages et des inconvénients de chacun des systèmes. Celui que vous avez vu là est mon enregistrement avec le philharmonique de Bruxelles. J’avais un clic programmé qui suivait les variations de tempo qu’on m’envoyait au casque. C’est bien quand on doit travailler vite, ce qui est souvent le cas en dessin animé.

J’ai enregistré un nombre dingue de musique en une ou deux séances, j’ai du faire entre 10 et 15 musiques, ce qui est une cadence infernale. Le clic, c’est ce qui va le plus vite. Ça a deux inconvénients: le premier inconvénient est qu’il faut faire très attention à ce que le clic ne repasse pas dans les micros ce qui représente un stress parce qu’il faut qu’on l’entende bien pour pouvoir être précis mais il ne faut pas que ça repasse dans les micros.

Le deuxième inconvénient, c’est le fait d’avoir un casque qui balance du clic, c’est gênant pour diriger parce qu’on entend moins bien le son des instruments. Donc pour bien contrôler ce que joue l’orchestre, c’est un sacré handicap d’avoir un casque sur les oreilles.

Ça ne correspond pas à des choses très rubato avec beaucoup de variations où on peut se permettre d’accélérer, de ralentir et de faire quelque chose de très souple. Ça ne va que pour les scènes de poursuite ou le tempo est très fixe. On doit prendre exactement  le bon tempo et le tempo est fixe. Là, le clic convient bien pour des scènes au tempo assez rapide. Mais si c’est quelque chose sur l’émotion qui doit être un peu élastique, cette méthode ne convient pas.

Le plus gros souci de cette méthode, de mon point de vue, c’est que ça transforme le chef d’orchestre en robot. C’est-à-dire que pour caler l’orchestre vraiment très précisément sur un clic, il faut avoir une battue de chef d’orchestre ultra- métronomique. On est loin de la gestuelle des chefs d’orchestres de concert, on est  plus métronome humain que chef d’orchestre.

La méthode du chrono

Elle consiste à mettre sur chacune des mesures de la partition : là, je suis à 1 minute 23 secondes et ici je suis à 1 minute 25 secondes et là sur le troisième temps on fait un petit losange ici et on met le synchronisme. Là, c’est quand on voit le chat. Donc quand le chat apparaît, ça correspond exactement au troisième temps de ma mesure donc je dois me caler en respectant les chronos qui sont là.  J’ai un chrono dans la main, je lis mon chrono et je dois vérifier que quand je suis sur cette mesure, je suis bien à 1 minute 23. Quand je suis sur cette mesure-là je suis bien à 1 minute 25.

Si j’ai bien respecté ça et que je suis sur le bon tempo, la synchronisation avec le chat qui saute sur la souris, ça doit être sur le troisième temps de ma mesure.

Evidemment, cela demande beaucoup plus de répétitions, c’est beaucoup plus dur à mettre en place et il faut avoir des conditions de travail plus relax et des studios qui permettent de projeter le film en même temps parce qu’on doit vérifier que tous les synchronismes sont bien en place. Ça demande plus de moyens. Le studios londoniens sont très forts pour ça.

Est-ce que le clic peut avoir un plus grand intérêt dans le cas d’un important travail en amont de l’enregistrement quand celui-ci se fait instrument par instrument ?

Oui, c’est même, à mon avis, la seule façon de s’en sortir. Quand on fait instrument par instrument, j’ai du mal à imaginer qu’on puisse le faire au chrono parce que le chrono est un peu plus flottant. On va faire avec un clic programmé.

On a l’immense chance qu’en 2018 d’avoir des logiciels avec des fonctions audio absolument fantastiques qui nous permettent de recaler des choses, de faire du time stretch etc… Ce qui fait que l’on arrive à faire jouer des instruments enregistrés séparément et à les recaler vraiment d’une manière parfaite. C’était beaucoup plus de galère quand on avait des bandes magnétiques, il fallait que ça soit impeccable à l’enregistrement. Aujourd’hui nous avons beaucoup d’outils pour recadrer les choses y compris des quantifications en audio etc…

De nos jours, c’est tout à fait faisable de faire instrument par instrument.

L’acoustique ne sera pas non plus la même. Quand les musiciens jouent ensemble, il y a des phénomènes de fondue à la prise de son qu’on n’a pas quand les instruments sont séparés. Et puis, il y a certains musiciens qui n’aiment pas trop jouer sans entendre les autres. Parce qu’ils s’accordent entre eux pour régler leur volume. Ça demande de compenser par un gros boulot de mixage et certains  musiciens ne sont pas à l’aise avec ça. Il y en a pour qui ça ne pose pas de problème et il y en a qui vont être déstabilisés de travailler comme ça.

Stéphane Meer.

Studio Capitale Enseignement.

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