Réussir dans la musique, se faire connaitre, avoir une stratégie

Composer la musique d'un film pour le cinéma ?

Réussir dans la musique, se faire connaitre, avoir une stratégie

Par Stéphane Meer

Sommaire



Introduction

Beaucoup de bons musiciens ont du mal à gagner leur vie. Car le métier de compositeur de musique est une profession de free-lance. Il faut se faire connaitre et gérer son marketing comme une petite entreprise.

Le meilleur compositeur du monde ne gagnera pas sa vie si personne ne le connait.

Le but de cet article n’est pas de vous imposer une vérité unique, ni des lois comme écrites sur les tables de Moïse. Il s’agit de vous transmettre l’expérience qui m’a permis de réussir ma carrière de compositeur, sans devenir une star, mais en gagnant bien ma vie. J’essaye de vous aider, ni plus, ni moins.

Stéphane Meer, compositeur de musique

La confiance en soi

Henri Ford était un jeune homme pauvre et de peu d’éducation. Il a pourtant révolutionné le monde de l’automobile au début du 20ème siècle.

Vous pouvez le faire ou vous ne pouvez pas le faire,

dans les deux cas… vous avez raison !

Henri Ford décide un jour qu’il faut construire un moteur en une seule pièce. Ses ingénieurs travaillent sur le projet, puis reviennent en disant que ce n’est pas possible.

Continuez !

Ils se remettent au travail puis reviennent : « C’est ridicule, ça n’est vraiment pas faisable. Vous gaspillez votre argent, arrêtez ! »

Continuez, vous allez y arriver !

C’est comme cela que Ford commercialisa un moteur révolutionnaire fabriqué en une seule pièce.

Pour réussir, il est important de penser qu’on va y arriver.

Si on n’y croit pas vraiment alors les échecs vous diront : « tu vois, la preuve, tu ne peux pas réussir ! »

Alors qu’en fait on progresse par ses erreurs et uniquement par ses erreurs.

M. Honda, japonais après la guerre décide de mettre un moteur sur un vélo.

Il échoue mais continue. « Les gens pensent qu’on réussit parce qu’ils ne voient que les 2% de nos tentatives qui ont fonctionné », dit-il.

Celui qui croit en sa réussite ne craint pas les échecs mais souvent… c’est dur !

J’ai mis dix ans avant de gagner ma vie correctement et c’est une moyenne que je retrouve chez beaucoup de compositeurs.

Ayez confiance dans la persévérance et le long terme. Soyez souples pour vous adapter à un monde qui change très vite.

La productivité

Dès qu’on parle de productivité, on imagine qu’il faut plus de performance donc plus de souffrance et de pénibilité.

En réalité, le but est de travailler mieux pour travailler beaucoup moins !

Et d’ailleurs, la première chose dont je vais parler, c’est le REPOS !

La qualité du travail est égale à la qualité du repos. Mieux vous vous reposez, mieux vous travaillez, plus vite, plus efficacement, avec un meilleur résultat.

Deux exemples :

  • A une période de ma vie, je travaillais 64 heures par semaine. Dix heures par jour du lundi au samedi, plus le dimanche matin. Mais j’avais la chance d’avoir un cheval. Le dimanche après midi, je partais à la campagne et mon petit cheval espagnol très nerveux fonçait à travers la forêt, sautait les troncs d’arbres, plongeait dans les flaques, zigzaguait à une vitesse folle entre les arbres. Je revenais totalement régénéré. Fatigué physiquement, je dormais bien et démarrais mon lundi en pleine forme.
  • Un ami d’enfance n’était pas spécialement brillant dans les études. Il parvint à finir une petite école d’ingénieur. Un jour, on lui confie de créer une branche bâtiment en Russie. Il commence à deux et, trois ans plus tard, ils sont cent ! Rien ne préparait mon ami à un tel stress, il se fatigue. On lui fait venir un coach de HEC, (une grande école de commerce) pour le soutenir.

Que fait ce coach ?

Il lui programme des séances de travail en Grèce, sur la côte d’azur, loin du bureau. Et puis, il lui dit de prendre dix jours de vacances tous les trois mois et un mois entier en été. Il le fait et va beaucoup mieux et son entreprise également. Le travail est mieux géré, avec plus de recul. Les collaborateurs trouvent leur place grâce à l’espace qui leur est laissé, l’ambiance est meilleure.

Une meilleure productivité, c’est moins de temps de travail et moins de stress.

Mais comment faire ?

La méthode la plus performante pour un compositeur est probablement celle de la combinaison « to do list » et agenda.

  • La « to do list » ou liste de tâches, c’est la mise à plat de l’ensemble.

On doit passer une dizaine de minutes par jour à y attribuer les priorités.

Par exemple : 1/ pour le prioritaire, 2/ pour l’urgent ou important 3/ pour secondaire 4/ pour voir si on peut déléguer, reporter ou s’en passer

Ensuite, la liste seule ne vaut rien. Il faut planifier quand le travail sera fait.

  • C’est là que l’agenda est essentiel. L’énorme avantage de l’agenda, c’est qu’il voit loin. On peut planifier longtemps à l’avance et se sentir bien parce que chaque chose est à sa place, rien n’est oublié.

Bien sûr, rien ne se passe exactement comme prévu et donc il faut modifier l’agenda en fonction.

Essayer de bien vous connaitre les heures et les jours où vous êtes concentrés pour les tâches  les plus importantes. La gestion du temps est la clé pour travailler mieux pendant moins longtemps. Si vous êtes inspirés le matin et que votre concentration baisse au bout de quelques heures (c’est normal), réservez ces heures pour ça, pas de rendez-vous de dentiste ou de comptabilité dans ce créneau.

Igor Stravinsky composait le matin, puis orchestrait l’après midi. L’orchestration lui demandait un niveau de concentration moins intense que la composition. John Williams ne travaille que six heures par jour mais travaille sept jours par semaine. Après six heures, sa productivité diminue, il est plus utile de faire autre chose.

En gérant les priorités d’une liste et en les disposant dans le temps, vous allez diminuer le stress et votre durée de travail.

Oasis en concert

La procrastination

ou l’art de ne pas s’y mettre.

 

Si vous faites partie des métiers de l’audiovisuel et de la création, vous vous êtes déjà surement retrouvé à procrastiner. Alors, est ce bien ou mal ?

En fait, il y a deux types de procrastination :

  • Le premier type, positif, est lié au fonctionnement de l’inspiration.

L’inspiration est une alternance de concentration et de diffusion. En mode concentré, on est à son poste de travail et on cherche activement. En mode diffus, on se promène, on dort, on fait autre chose et en tâche de fond les idées travaillent et apparaissent souvent par surprise dans un moment insolite. Beethoven disait que la musique venait à lui pendant ses promenades. C’est le mode diffus. La procrastination positive permet cela. Les meilleurs créateurs procrastinent. Mozart ne retranscrivait sa musique que lorsqu’elle était aboutie dans sa tête.

  • La procrastination négative en revanche est liée au stress. Moins la paresse que la peur d’échouer, (la peur du succès existe aussi), elle est bloquante. C’est là que cela devient un problème. Pas de panique, avec ces quelques pistes, vous pourrez lutter activement contre cette procrastination négative tant redoutée.

Astuce n°1 : rester toujours dans l’action.

Stravinsky disait : « l’inspiration est un bébé qu’il faut mettre sur le pot tous les matins ». Charles Aznavour écrivait une chanson par jour. John Williams : une musique, un thème, par jour. Stephen King, et la plupart des auteurs, écrivent tous les jours un nombre de pages ou un nombre d’heures constant. Beaucoup de créateurs, d’inventeurs, ne croient pas à l’inspiration comme phénomène initial. Pour eux, c’est une conséquence logique d’une durée de recherche et d’un tri qui se fait entre les idées qui marchent et celles qui ne sont que des étapes du processus de recherche. L’autrice Clémentine Beauvais croit beaucoup dans le retour avec son éditeur et avec les groupes de lectures. La solution se construit par des aller-retours successifs.

Astuce n°2 : être en mode multi-projets.

Pour un artiste, l’échec est inévitable. Il fait partie du principe même de la création qui est une prise de risque constante. Le créateur qui vit l’échec d’un projet n’est atteint que de 10 % s’il en a neuf autres. De 20 % s’il en a cinq autres. En revanche, si c’est son seul projet, il est très vulnérable. Verdi, Pavarotti, Billy Joel, ont failli renoncer. Il s’en est fallu de peu. Avec plusieurs projets, vous êtes plus fort. Développez également vos œuvres personnelles qui ne sont pas soumises à la même pression commerciale que celles de l’audiovisuel. C’est votre espace de liberté et c’est aussi votre laboratoire de recherche et développement.

Astuce n°3 : acceptez de ne pas avoir le contrôle

Dans l’audiovisuel, votre succès dépend de beaucoup de paramètres qui vous échappent totalement : le succès du film, la perception du public, les goûts de vos commanditaires, les rapports de force visibles ou caché… Le succès ou l’échec à court terme dépendent de bien d’autres choses que votre talent et la qualité de votre travail. Vous devez absolument l’accepter et avoir cette humilité. Lorsque John Williams a composé la guerre des étoiles, il pensait que c’était un modeste programme pour les enfants. Quant à Eric Serra, il profitait d’un studio gratuit la nuit pour enregistrer « le dernier combat », le court-métrage d’un copain débutant et inconnu… Luc Besson.

Acceptez de lâcher prise. La vie n’est pas juste à court terme mais elle peut le devenir dans la durée. Faites confiance à la roue du destin qui tourne à son rythme.

Astuce n°4 : je vais faire quelque chose de nul

En dernier recours, dites-vous que vous allez faire quelque chose de nul, de raté, et que vous recommencerez après. D’abord car vous ne perdrez jamais rien à créer, même si votre projet n’est pas réussi. Mais aussi parce que vous mettre en mouvement peut tout changer. Il existe une méthode : pensez au pire scénario et acceptez-le. Si vous y parvenez, vous serez libre, vous vous amuserez et la procrastination négative disparaîtra d’un coup.

Home studio de Hans Zimmer

Négocier le budget maximum

Il y a deux angles d’approche sur le prix d’une prestation. C’est de là que viennent les principaux problèmes. Le prestataire évalue son budget par rapport à son travail, (et ses frais), alors que le commanditaire évalue le prix par rapport à sa rentabilité.

Par exemple, imaginons que le temps de travail soit le même pour une publicité télévisée et pour un premier court métrage. Le prestataire évalue le devis avec son taux horaire. Le commanditaire de la publicité à prévu une enveloppe conséquente alors que le premier court métrage se fait à perte. Les deux commanditaires ne valideront pas du tout le même budget.

Cherchez quel budget le commanditaire est capable de payer.

Parfois il suffit de poser la question. Lorsque vous annoncez un budget, visez haut avec une porte ouverte. Si vous annoncez un prix bas, vous donnez une image médiocre de vous-même : soit vous n’avez pas confiance en vous, soit votre cote est basse… vous n’êtes pas très bon.

En annonçant un prix élevé, vous dites que vous êtes quelqu’un de qualité.

Veillez toutefois à ne pas dépasser le maximum raisonnable, au risque de paraître prétentieux et surtout d’être éliminé, quel que soit votre niveau.

C’est pourquoi il faut une porte ouverte. Une porte ouverte c’est : « Voici le prix que je propose habituellement mais si c’est trop, je peux m’adapter car ce projet m’intéresse, combien avez-vous prévu ?». Avec cette méthode, le commanditaire vous proposera sa fourchette haute pour se rapprocher de vous.

Ensuite, pour les compositeurs de musique, il est important de connaître les espérances de droits d’auteur, de droits Sacem. Il sera meilleur de dissocier la partie composition de la partie réalisation. De cette façon, le producteur pourra se rendre compte que la plus grande partie du budget correspond à des frais de studio, de musiciens, d’ingénieur du son, etc. et ne pas dire que son compositeur est trop cher si c’est l’enregistrement qui coûte. La nature humaine fait qu’un producteur comprend beaucoup mieux des frais de réalisation (qui sont tangibles), plutôt que des coûts de création (qui sont abstraits ).

Là encore, il y a une porte ouverte pour négocier sur les deux tableaux.

compositeur de musique

Les stratégies gagnantes

 

L’eau a horreur des hauteurs.

C’est ce que dit Sun Tzu dans l’art de la guerre. Plutôt que de chercher les raccourcis en allant vers des professionnels qui n’ont pas besoin de vous, cherchez plutôt ceux qui gagneraient à vous connaitre. Commencez par les courts-métrages plutôt que les longs, par ceux qui en sont au même stade que vous, plutôt que ceux qui sont déjà loin devant.

Soyez excellent sur un objectif modeste, plutôt que modeste sur un objectif d’excellence. Parce que l’expérience est incontournable.

 

On s’en fout de vous.

La seconde clé, c’est un état d’esprit. Qu’est-ce qui est utile à celui dont j’ai besoin, comment l’aider à atteindre ses objectifs. Personne ne s’intéresse à vous, sauf peut-être vos parents ou vos enfants. La réussite vient en rendant service de façon sincère et sans profit immédiat.

La question n’est pas : comment je peux me mettre en avant ? Mais plutôt : comment je peux aider celui dont j’ai besoin à se mettre en avant ? Cela se fait beaucoup par l’écoute, par la disponibilité. Devenez quelqu’un dont on ne peut plus se passer.

En particulier sur les réseaux sociaux. Beaucoup de compositeurs vont sur les réseaux sociaux en se mettant en avant. Il est meilleur d’y aller en se préoccupant de ce qui pourrait intéresser et être utile à ceux dont vous avez besoin. Qu’est-ce qui les intéresse, eux ? Qu’est-ce qu’ils recherchent, qu’est-ce qui leur serait utile ? Se mettre à leur place, de leur point de vue à eux, est un énorme avantage et une stratégie pleine d’intelligence. Ça demande plus de travail, c’est pour cela que les autres le font peu, ce qui vous laisse toute la place.

 

Winner takes all.

Le premier rafle la mise. Le compositeur presque aussi bon qu’Alexandre Desplat est probablement 90% aussi compétent que lui mais ne reçoit que 10% des propositions. (Probablement celles que Alexandre Desplat a refusées). Ceci nous conduit à la recherche de l’excellence et à la formation continue.

Avec la cinquantaine passée, quand on me pose la question : « combien de temps d’étude faut-il pour devenir compositeur ? » je m’amuse à répondre : « Je ne sais pas, je n’ai toujours pas fini d’apprendre. » À 85 ans, John Williams continue de travailler six jours et demi par semaine et à composer quelque chose de nouveau chaque jour. Quand il n’a pas de musique de film, il écrit des concertos.

 

La chance, c’est quand le travail rencontre l’opportunité.

Chez Studio Capitale Enseignement, nous disons qu’il n’y a pas les bons et les mauvais mais ceux qui sont entraînés et ceux qui ne le sont pas. Il ne faut jamais s’arrêter de s’entraîner et de progresser. Nos métiers sont en changements perpétuels, avec des modes, des innovations, rien n’est définitif. Ce sont les 10% les plus connus qui ont 90% du travail. Votre objectif est d’être et de rester dans les 10%.

Un dernier conseil : Créez des routines

Une action répétée pendant un minimum de 21 jours devient automatiquement une routine. La persistance est la clé. Cinq minutes par jour, c’est vingt quatre heures par an et deux cent quarante heure par décennie. Une heure par jour, c’est trois mille six cents heures par décennie. Les routines sont de fabuleux amplificateurs d’action et de progrès. L’effort diminue avec l’habitude et les performances sont mesurables.

Et vous, quelle est votre méthode ? 
Dites-le moi en bas dans les commentaires et discutons-en ! 
J'adore apprendre.

Envie de pousser plus loin ?

Pourquoi pas un stage de marketing pour les compositeurs de musique ?